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2014-06-10T11:00:01+02:00

O'Captain My Captain...

Publié par Sophie
O'Captain My Captain...

Mes 2 ados sont passés par le Lycée Carton, vénérable et prestigieux Lycée Parisien. L'un a fui, et court toujours... l'autre, en terminale, tente une sortie en Bac, mais navigue en eaux troubles.

Ah ! Le Lycée Carton ! On pourrait en faire un roman. On rêve d'y envoyer nos chères têtes blondes, se rappelant que dans le passé, nous-mêmes, nos maris, nos amis, ou des illustres y ont appris bien des choses et passé de délicieux moments. En l’intégrant, on pense avoir pénétré le Saint des Saints, mais l’on y découvre que le Saint des Saints s’essouffle des Dragons qui le hantent. Ils sont fatigués, traînent la patte autant que l’âme, et n’attendent plus grand-chose.

Ne soyons pas par trop négatifs car en vérité, on y trouve de la bonne volonté… mais qui souvent peine à se faire entendre. Madame Marin-Vivier par exemple, prof de Français adulée, s’était violemment prise le bec avec Madame Roth, professeur de Sciences, qui avait balancé large sur mon Schroeder (mon divin n°1) en plein Conseil de Classe, généreusement encouragée par 2-3 autres mal pensants soutenus par Mme Proton (Proviseur adjointe survoltée et dépressive). Madame Marin-Vivier était sortie de ses gonds pour faire front seule à la horde qui s’en prenait avec virulence à mon forcément innocent Schroeder. En Preuse Chevalière, elle criait à l’infamie alors qu’on le condamnait à l’échafaud.

3 ans plus tard, Madame Roth a pris sa retraite, Madame Prouton, a jeté l’éponge et ses tablettes d’anxiolytiques, et Madame Marin-Vivier continue de distribuer pendant ses cours passion, bonne humeur et bienveillance.

En cette fin d’année, c’est à ces perles rares de l’Education Nationale qu’il convient de rendre un honneur particulier.

Mon amie Drass l’année dernière me racontait les péripéties du professeur de Français remplaçant de son imprévisible Zébulon. Ce professeur, catapulté in-extremis pour remplacer au pied levé le professeur titulaire, avait fait une entrée remarquée dans la classe : " Eh beh, ils devaient être vraiment désespérés dans votre bahut pour venir me chercher. M’enfin, puisque je suis là, prenez vos livres… ". Ce remplaçant faisait ses cours de manière assez singulière et inhabituelle : il s’attardait plus volontiers sur la vie de débauche de Baudelaire que sur ses " Fleurs du mal ", affirmait que Molière n’avait pas écrit ses pièces, et permettait aux élèves qu’ils aient avec eux leurs cours, livres et annales pendant les contrôles.

Amusée par les récits de ses nombreuses sorties de route, je le baptisais alors Captain’O’Captain, en référence au magnifique film " Le Cercle des Poètes disparus ". Les péripéties de ce singulier personnage faisaient osciller Drass entre rire et désespoir, car Zébulon était en première, et les études de textes classiques se faisaient aussi rare que les fois où Captain’O’Captain se pliait à la règle de l’enseignement académique. Captain’O’Captain se fit finalement raccompagner définitivement vers la sortie avant la fin de l’année, laissant derrière lui 7 textes vagues soit exactement 3 de plus que leur professeur parti en octobre. Heureusement, c’était sans compter sur la Direction de l’établissement, non moins vénérable que le Lycée Carton, qui entreprit de les amener à 18 textes du 30 mai au 18 juin... accompagnés d’une lettre vaguement explicative.

Ainsi était née la distinction du Captain’O’Captain, qui acquit ses lettres de noblesse cette année dans la classe de Linus, au travers des professeurs à qui je les décernais.

Alors qu’il n’est pas aisé au Lycée de voir un casting de rêve, je dois avouer que cette année fut la meilleure des cuvée. Ainsi, je pus annoncer fièrement à Drass mon acolyte de rire, de dérision et de galère, la nomination ex-aequo de 3 grands gagnants en une seule et unique classe:

  • Linus vit arriver avec plaisir et soulagement en tant que professeur principal et de mathématiques, M Garçon, qu’il avait déjà eu en seconde. M Garçon croyait en Linus visiblement plus que lui-même et ses parents réunis, et s’acharna à faire réduire le plus possible la taille du poil ancré dans sa main en lui faisant miroiter de prestigieuses études post bac. Conscient du dossier de 1ère qu’"Alexandre le Bienheureux" trainait comme un boulet, et de l’enthousiasme modéré de la grande majorité des autres professeurs, il tenta de son mieux d’inverser la vapeur par des appréciations les plus dithyrambiques qu’il put. Ce fut le premier à qui fut décerné le titre honorifique de Captain’O’Captain.
  • La classe accueillit un nouveau professeur de philosophie. Les élèves furent surpris de voir se présenter un jeune homme âgé d’à peine quelques années de plus qu’eux. M Focaccia était stagiaire et effectuait pour la première fois son entrée dans l’arène. Jeune, drôle et enthousiaste, il se fixa l’objectif ambitieux de faire aimer coute que coute la philo à ses élèves. Conscient de l’ardeur de la tâche, il s’y s’attela avec entrain et utilisa les plus fins des appâts. Ainsi, Linus, pas littéraire pour 2 sous et qui s’attendait à vivre un an de purge, suivit avec plaisir l’immersion que M Focaccia amorçait en douceur. Au début, il illustra ses cours de citations cinématographiques, d’exemple de jeux vidéo et autres références des plus inhabituelles. Ainsi, Astérix, OSS 117 et Brice de Nice furent les portes d’entrées par lesquelles il initia ses cours, cours dans lesquels il commença à distiller avec douceur, bienveillance et humour les préceptes des incontournables Platon, Descartes, Epicure, etc… Linus, dont l’exercice littéraire était habituellement plus que laborieux, en clin d’œil à l’engageante décontraction de son professeur, se trouva suffisamment en confiance pour s’amuser à intégrer dans chacune de ses dissertations, des mots les plus obsolètes possibles. Ainsi, au milieu de phrases maladroites et truffées de fautes d’orthographe, M Focaccia découvrait amusé et sidéré, les mots les plus improbables sous la plume d’un adolescent. Le "nonobstant" qu’il inséra dans sa première copie fit écho jusque dans les autres classes du Professeur : suivit "billevesée" que je le défiais de caser, puis "outrecuidance", "calembredaine" et autres bizarreries issues de brainstorming familiaux. A ce jour, nous ignorons encore si M Focaccia a compris la volonté délibérée de Linus d’introduire un brin de fantaisie dans ses copies, ou s’il pense que ces mots relèvent d’une tentative désespérée de contrer sa maladresse rédactionnelle. Pour son humour, sa bienveillance, ses contrôles faciles visant à compenser les gamelles en dissertation: Bravo Captain !
  • M Moulin, professeur de SVT, fit également sa première année au Lycée Carton. Contrairement à M Focaccia condamné à aller dès l’année prochaine purger sa peine de professeur débutant dans une ZEP, M Moulin, quant à lui titulaire, arrivait pour rester. Les SVT exigeant un minimum de travail, Linus ne fit pas plus d’étincelles que l’année précédente. Prenant conscience à quelques jours du conseil que sa moyenne de SVT pourrait donner une image peu engageante à son dossier scolaire Post bac, Linus, dans un réveil tardif, fit les yeux doux à M Moulin qui accepta avec bienveillance qu’il lui rende suffisamment de TP pour l’aider à atteindre une moyenne acceptable. M Moulin fut le 3ème Captain de grande classe à qui revint ce titre.

Dieu merci, le sort que réserve le XXIème siècle aux Captain’s de l’éducation nationale n’est plus celui des années 50. Et souhaitons que nos établissements scolaires sachent offrir à ces pédagogues de bonne volonté un écrin et des élèves à la mesure de leur mérite!

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